Si j’ai pas dit non, est-ce que c’est un viol ?

Il n’est pas nécessaire de dire non pour parler de viol. Maintenant, qu’est-ce que c’est un viol ?

Pour la loi française, c’est tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. C’est pas forcément commis par un homme sur une femme. Et la pénétration n’est pas forcément vaginale. On a une vidéo qui explique les choses plus en détails, je vous invite à la regarder.

Maintenant, il y a aussi des situations où les choses sont plus floues. Certains parlent de zone grise. C’est-à-dire des situations où on se pose la question de savoir s’il y a eu consentement ou si c’est une agression sexuelle.

Finalement, le viol, c’est pas si simple à déterminer.

Le Docteur Walter Albardier nous apporte quelques éléments de réponses.

On pense souvent qu’un viol, c’est quand il y a eu des coups, des cris, que la victime se débat ou quand elle dit clairement “non”. Mais ça se passe rarement comme ça.

Il est souvent impossible pour la victime de dire non ; la personne peut être figée et dans une forme d’incompréhension de ce qu’il se passe, être comme bloquée, sidérée. On voit ça régulièrement, et pas uniquement dans des situations d’agression sexuelle, mais aussi lors d’attentat, de braquage ou même d’une agression dans la rue ou dans le métro. La victime n’est plus en capacité de réagir à une situation de stress extrême, et elle ne peut donc pas exprimer verbalement ou physiquement son refus. Ça, c’est une chose.
La victime peut aussi avoir peur : peur de la personne qui veut lui imposer quelque chose, de sa réaction, ou des conséquences d’un refus. Elle se sent piégée.

La victime peut aussi ne pas être en état de s’exprimer. Si elle est alcoolisée, sous l’effet de substances quelles qu’elles soient qui transforment son rapport à la réalité et au monde, ou si elle est endormie, ça ne permet pas ce que l’on appelle le consentement éclairé. En clair, si toutes les lumières ne sont pas allumées, c’est pas un consentement éclairé.
Et la loi interdit d’avoir des rapports sexuels avec une personne qui n’est pas clairement consentante.

À l’inverse, ce n’est pas parce que vous regrettez avoir eu des relations sexuelles sous l’effet de l’alcool que vous êtes automatiquement victime d’agression sexuelle.
Il y a une confusion assez courante, c’est de croire que parce que votre corps répond à une stimulation, vous êtes forcément consentant. Les choses ne se passent pas exactement comme ça. On peut avoir une réaction physique, juste automatique. Il arrive que des hommes soient en érection ou que des femmes aient une lubrification vaginale pendant une agression. Et on peut même avoir un orgasme pendant une agression. C’est juste une réponse mécanique du corps à une stimulation, mais ça ne signifie pas que la personne est devenue d’accord avec la relation sexuelle, qui reste imposée. Les réactions du corps n’effacent pas le fait qu’une agression est une agression, que c’est un acte illégal, la relation forcée et qu’elle peut être traumatique. Il n’est d’ailleurs pas rare que les victimes qui ont ressenti une excitation sexuelle pendant leur agression soient d’autant plus marquées. Le sentiment de culpabilité et de confusion est plus fort.

Autre chose : dire oui à quelqu’un une fois, ça ne signifie pas que vous lui donnez un accord éternel ! Vous avez le droit de dire oui un jour, parce que vous en avez envie, et non un autre jour parce que vous en avez pas envie, ou parce que vous avez envie de dire non. Et vous pouvez être d’accord pour faire une chose, et pas une autre. Et vous avez le droit de dire oui, et de changer ensuite d’avis.

Dernière chose : pour qu’une personne soit consentante pour avoir une relation sexuelle avec vous, il faut qu’elle ait toutes les informations utiles pour prendre sa décision, et qu’elle soit en état et en âge de le faire. Vous devez lui dire clairement si vous prenez la pilule ou pas, si vous avez une infection ou une maladie sexuellement transmissible, ou si vous avez des rapports non protégés avec d’autres personnes. Pour éviter que la personne se sente flouée, il vaut mieux que toutes les informations soient claires dès le départ.

Si vous pensez avoir été victime, le mieux, c’est d’aller consulter des professionnels qui pourront vous aider, vous conseiller et vous accompagner : des psys, des avocats, des policiers, mais aussi quelqu’un de la famille, de très bons amis. Ne restez pas seul avec ça.